Soro Bakary
Le drame rituel africain
Introduction : quest-ce que le drame rituel?
Pour donner un sens à leur vie et dompter larbitraire et labsurdité dune existence qui ne leur paraissait pas toujours rationnelle, les premiers Africains eurent le besoin de recourir à des mythes en se créant des divinités à qui ils rendaient un culte saisonnier. Les rites dimitation propitiatoire nés des gestes accomplis par lofficiant, parfois assistés et aidés dans sa tâche par des fidèles, pour invoquer, implorer ou contraindre le Dieu de leur compréhension, finirent par engendrer dans le secret de leur vécu quotidien, les prémisses dune religion adaptée aux défis de leur milieu spatio-temporel. Et comme « toute religion est par elle-même génératrice de drame et [que] tout culte prend volontiers et spontanément laspect dramatique et théâtrale » [1] , alors un drame rituel, également dessence propitiatoire, prit ainsi naissance après que les divinités adorées furent introduites dans lart, qui devint ainsi sacré. Mais, au fur et à mesure que le temps ségrenait dans le sablier, les mythes cosmogoniques fixèrent les normes dappréciation du drame rituel, elles-mêmes canonisées par la tradition et sans cesse réactualisées par les générations qui se sont suivies.
Dans cet article, quoique je ne le mentionne pas expressement en titre, je vais plutôt procéder à une comparaison entre le drame rituel africain et la tragédie grecque, selon la version donnée par Friedrich Nietzsche dans son uvre « Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik ». Ainsi, lénoncé de mon article pourrait aussi bien sintituler de la manière suivante : « Créativité communautaire et caractère essentiel contra individualisme créatif et caractère idéationnel : le drame rituel africain et la tragédie grecque selon « Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik » de Friedrich Nietzsche. Essai de comparaison. » Si jai toutefois gardé la formulation plus courte sur la « manifestation physique de la présence de Dieu sur terre », cest pour mettre laccent sur la problématique du corps, mieux, sur la problématique de la manifestation physique. Car, il sagit bien dans le drame rituel africain dune relation très émotionnelle, quasi indestructible entre officiants et participants, entre acteurs masqués et acteurs non masqués, entre les acteurs du monde visible et ceux du monde invisible, entre le concret et le non concret, entre lhomme et les dieux. Mais, pourquoi ce choix de la comparaison entre la tragédie grecque selon Nietzsche et le drame rituel?
Dabord, il faut signaler que si je nai pas jugé bon de retenir la version française, mais plutôt la version originale en allemand de cette uvre de Nietzsche, cest pour plus de commodité et de fidélité au texte original. Toutes les traductions en français de Nietzsche tout comme celles en anglais des autres auteurs cités ici, sont des traductions libres faites par moi et qui respectent lesprit du texte original. La comparaison aura donc pour objectif de faciliter grandement la compréhension du lecteur, étranger au drame rituel africain dont la pensée et le langage ne permettent pas toujours une rapide approche de la part du lecteur « non initié ». Certes, il existe bien des versions de la tragédie grecque, mais la version de Nietzsche me semble plus appropriée dans cette optique de la comparaison, simplement parce que les thèses dévelopées par lui, confrontées à celles édictées par le drame rituel africain, rendent la compréhension fluide, même pour le lecteur qui découvre le drame rituel africain pour la première fois.
Ainsi, seront successivement analysés le caractère essentiel du drame rituel par opposition au caractère idéationnel dans la tragédie grecque. La spécificité du drame rituel africain réside ici dans la manifestation physique du dieu sur terre à travers sa représentation effective dans la scène dramatique. Jexpliquerai aussi la notion de lespace-temps dans le drame rituel africain et dans la tragédie grecque avant de mettre en lumière le rapport acteur-spectateur, ou plus précisément, le rapport officiant-participants. Les dieux étant introduits dans lart pour dompter labsurdité de lexistence, on assiste à une créativité communautaire dans le drame rituel par opposition au principium individuationis, cest à dire à lindividualisme créatif dans la tragédie grecque. En dernier ressort, on verra un point non moins important, à savoir le rôle comparé de la musique des deux côtés. Dans le drame rituel, la musique est produite par des corps physiques, pourtant elle reste non tangible et sait se faire apprécier comme le canal dexpression entre lhomme et les dieux, comme le langage des dieux par excellence.
Mais, pour mieux affronter la problématique de cet énoncé, il faut, au préalable, établir quelques remarques méthodologiques en commencant par expliquer ce que cest que le drame rituel.
Lofficiant du culte en lhonneur de la divinité à adorer va donc plonger dans le grouffre profond qui lamènera à la communion avec les forces supérieures cosmiques. Cette communion saccompagne dune purification physique, mentale, psychique et surtout spirituelle à lissue de laquelle lofficiant revient avec une nouvelle vision qui embrasse tous les aspects de la vie communautaire.
En fait, il a gravit patiemment et courageusement les pentes de ce chemin perilleux qui la conduit à faire lexpérience spirituelle de la « dissolution » et de la « ré-intégration » de son Moi. Le résultat, cest la fusion momentanée entre son Moi et les plans supérieurs cosmiques où habite la divinité adorée et dont il devient le « mouthpiece », le canal dexpression. Ce « voyage » spirituel et initiatique au cours duquel lofficiant fait lexpérience de la catharsis et, qui, daprès Soyinka [4] , symbolise la projection du conflit de lhomme avec les forces défiant ses efforts à sharmoniser psychiquement, et surtout spirituellement avec son environnement est le drame, le drame rituel.
Si toutefois pour un Africain familier de lenvironnement traditionnel, le terme de drame rituel peut paraître évident, il nen est pas de même pour quelquun détranger à ce milieu et qui lanalyse de lextérieur. Ainsi, sest-on souvent posé la question de savoir si le rituel pouvait être considéré comme du drame et « à quel moment des cérémonies ou célébrations religieuses ou mythiques prenaient laspect dramatique ». Ces interrogations formulées de manière résumée, posent, en fait, deux préoccupations distinctes; la première ayant trait, à mon sens, à la nature même du drame rituel et relevant un problème de fond et le second à sa forme.
Pour ce qui est de la nature du drame rituel, il est à noter que le déplacement de ce rituel du bois sacré ou du lieu habituel culturel où il est exécuté a souvent pour conséquence de briser le lien émotionnel intense qui en est à la base. Si cela est ainsi, alors mérite-t-il vraiment dêtre encore appelé « drame rituel »?
Naturellement, on peut aisément simaginer que le public-spectateur nen retire, en définitive, quune pure délectation ethnologique, le côté symboliste et rituel passant alors inaperçu. On a encore en mémoire léchec de la représentation sur scène de masques Sénoufo en 1969 à Vevey en Suisse devant un public blanc « non-initié ». Tous ont éclaté de rire, trouvant la scène plutôt grotesque. Interrogés plus tard, certains spectateurs avoueront ny avoir retiré que des informations ethnologiques et anthropologiques. A propos de masques Wembele [5] , on releva des commentaires du genre « on dirait des vaches dans un pré » ou enore « des tarzans » [6] .
Le deuxième point touchant plutôt à la forme même du drame rituel se posa autour des années 60 après la polémique engendrée en Europe et aux Etats-Unis par le théâtre dit ritualiste. Loccident bourgeois, excédé par une société devenue un peu trop mécanisée et dans laquelle il avait du mal à trouver ses repères, tourna avide ses yeux vers les peuples dits « primitifs » dAsie et dAfrique dont on enviait le style de vie proche de la nature.
Mais cette course effrénée vers le ritualisme ne se limita pas que à certains Américains ou Européens tels Jean Genêt. Des groupes noirs américains, par exemple, « Barbara Ann Teers Harlem Theatre », abondant dans le sillage de la «Black Consciousness» se tounèrent bien légitimement vers le drame rituel africain, mais dans un soucis de révalorisation. Cette quête dune identité perdue basée sur une mauvaise compréhension du « drame des dieux » en Afrique, plutôt que de servir, ajouta encore davantage à la mauvaise interprétation dalors. On nen a retenu malheureusement que lidée quil ne pouvait que sagir dune sorte de « grande kermesse folklorique susceptible dêtre montée partout ».
Dans un cas comme dans lautre, le terme de « ritual experience » fut tant et si bien galvaudé quil perdit de sa substance et, avec lui, le drame rituel africain.
Pourtant à y regarder de très près, on constate que le véritable problème ici, ne relève ni de la nature ni de la forme du drame rituel africain. Remettre en question lexistence dun drame rituel africain sous prétexte que sa représentation sur scène pose bien des problèmes, cest dans un premier temps méconnaître ou ignorer lhistoire de la tragédie grecque et, dans un deuxième temps, nier lévidence que « (...) toute religion est par elle-même génératrice de drame et tout culte prend volontiers et spontanément laspect dramatique et théâtral » [7] ou encore que « le processus du développement du drame commence en religion et se termine en esthétique. » [8]
Mais quen est-il de la prétendue impossibilité de représenter sur scène le drame rituel?
Il faut le souligner, ce problème qui nen est pas un, a été mentionné par ceux qui navaient peut-être pas trop grande notion de ce quest le drame rituel en réalité. Car, les exemples de représentations réussies sont légions et on pourrait, pour mémoire, citer le groupe théâtrale Ori-Olokun à Ifé ou encore la compagnie de Duro Ladipo au Nigéria. Tous deux ont joué en Europe et aux Etats Unis et ont su conserver ce lien émotionnel qui caractérise le drame rituel, tel quil se vit dans son milieu dorigine. [9]
En fait, le problème qui se trouve posé ici, est quautour des années 60, on est parti de théories européennes très conceptualisés, avec un haut degré de canonisation, élaborées dans un contexte culturellement différent et quon a transposé sur le drame rituel africain en sattendant bien volontiers à y retrouver les mêmes canons que dans leurs cultures dorigine. Mais, les résultats obtenus furent decevants et laissèrent plus dun perplexe. « Ce quon peut avancer à titre dhypothèse, note Claude Pairault qui abonde dans le même sens, cest que le genre dramatique ne se présente pas dans ces cultures selon les formes canonisées par le nom même de théâtre. » [10] Si on convient que « un drame cest une action typique qui mérite dêtre représentée, parce quelle résume dune manière ou dune autre la condition humaine » [11] , alors faudrait-il, sans doute, pour mieux comprendre le drame rituel africain, accepter de le regarder de lintérieur tel que le préconise Biodun Jeyifo [12] ou le traditionnaliste Amadou Hampaté Ba. [13] Le questionnement de lintérieur suppose quon soit soi-même « initier » aux secrets de cette Afrique profonde, au langage des mythes cosmogoniques, aux schémas de la pensée traditionnelle de sorte à pouvoir aborder le drame rituel sans préjugés. Car, le drame rituel et les mythes cosmogoniques informent avant tout sur la réalité sociologique, sur la pensée traditionnelle du milieu culturel dont ils sont issus. A ce stade, il convient de faire une dernière remarque méthodologique. La lecture de lintérieur qui semble être la démarche la plus appropriée ne peut se faire quavec les éléments conceptuels de la tradition dramatique européenne. Les mots « drame », « théâtre » sont avant tout un vocabulaire technique conceptuel né dans un contexte historique, littéraire et idéologique précis, en loccurrence la tradition dramatique grecque. Ce vocabulaire est certes appliquable au drame rituel africain, dans la mesure où il trouve dans la tradition dramatique africaine de loralité des « correspondants empiriques ». Mais, plaçé dans le contexte du drame rituel africain, le vocabulaire que le chercheur est contraint dutiliser ici, sapparente à une sorte de traduction qui nest possible quau prix dun certain élargissement de sens. [14] Il est donc nécessaire dappeler à lindulgence du lecteur étranger et familier du drame rituel africain pour les quelques égratignures de sens qui peuvent apparaître.
Parler donc de drame rituel africain est aussi vrai que parler de tragédie grecque. Il existe bel et bien un drame rituel que certains dramaturges tels Soyinka essaient de faire revivre.
Mais quelle est la spécificité de ce drame rituel? Car, on simagine, que sil ne se laisse pas facilement tutoyer par des théories élaborées de lextérieur, cest certainement parce quil présente bien des spécificités culturelles, qui, tout naturellement, échappent à ces théories.
Spécificité du drame rituel africain par rapport à la tragédie grecque: caractère essentiel contra caractère idéationnel
La spécificité du drame rituel africain, cest quil est basé sur un art essentiel contrairement à la tragédie grecque qui, elle, est idéationnelle. Il faut entendre par essentiel le fait que
It is not the idea (in religious arts) that is transmitted into wood or interpretation music or movement, but a quintessence of inner being, a symbolic interaction of the many aspects of revelations (within a universal context) with their moral apprehension. [15]
Ainsi, dans le drame rituel du Poro retraçant, après la chute de lhomme, laccouchement symbolique, cest à dire la renaissance de linitié par le masque appelé Kouto, voit-on derrière ce masque, non la retransmission dune idée mais plutôt la nette présence divine du Kouto ; la divinité chargée par la Katiéleo de faire renaître lHomme à sa vraie nature. Cest pourquoi, on voit, par exemple, chaque dignitaire du Poro accompagné des Néophytes venir se décoiffer et sagenouiller très respectueusement devant le masque, lui souhaitant dans un geste de profond recueillement, la bienvenue parmi les hommes et le remerciant pour le grand honneur quil leur fait en acceptant de venir se mélanger à eux qui sont encore si imparfaits.
Yoruba traditional art is not ideational however, but essential (...). In our journey to the heart of Yoruba tragic and which indeed belongs in the mysteries of Ogun and the choric ecstasy of revellers, we do not find that the Yoruba, as the Greek did, built for his chorus the scaffolding of a fictive chthonic realm and placed thereon fictive nature spirits ... on which foundation, claims Nietzsche, Greek Tragedy developed: in short, the principle of illusion. [16]
Si les Grecs, daprès Nietzsche, avaient ressentit le besoin impérieux de se créer deux divinités, Apollon et Dionysos, ils se contentèrent cependant de les représenter dans lart de manière fictive. Cest en ce sens que la tragédie grecque, du moins au tout début, nétait que du chur et non du drame. Cest ce point qui ressort dans cette citation de Nietzsche, il met aussi en évidence le caractère idéationnel de la tragédie grecque.
Dionysos, le véritable héros de la scène et point central de la vision, ne fut pas, selon ce que nous savons et selon la tradition, dabord durant la toute ancienne période de la tragédie, réellement présent, mais fut plutôt présenté comme étant présent: cest à dire quà lorigine, la tragédie était seulement du « chur » et non du « drame ». Ce nest que plus tard quon essaya de présenter le dieu comme réel et de rendre visible pour loeil la forme de la figure, y compris le cadre déformé. Ainsi commence le « drame » au sens stricte du terme. [17]
Nous voyons donc que du côté du drame rituel africain, nous avons le caractère essentiel, cest à dire la quintessence même de lidée, intangible et vécue comme saisie intuitive de la condition humaine. A lopposé, nous trouvons du côté de la tragédie grecque un art idéationnel. Les dieux nétant pas présent sur scène, on essaya de reconstituer physiquement pour lil tout ce qui pouvait rappeler leur présence et créer ainsi une sorte dillusion susceptible daboutir à la catharsis. Il sagit donc avant tout de la représentation dune idée pure, traduite et conceptualisée spatialement et temporellement.
Cette conceptualisation nous amène à parler maintenant de lespace et du temps dans le drame rituel et dans la tragédie grecque.
Notion de lespace-temps dans le drame rituel et dans la tragédie grecque
Dans le drame rituel africain, lespace où se déroule la représentation dramatique nest pas, à proprement parler, le lieu, par excellence, du drame rituel. Car, on invoque les dieux de descendre de leur monde pour communier avec les acteurs du drame rituel. Le drame rituel étant le fait de faire revivre sur le plan physique ce qui se passe dans le macrocosme, cest à dire, la représentation microcosmique du macrocosme universel, le lieu où il se déroule se situe donc dans lespace incluant terre et cosmos.
Quant au temps dans le drame rituel, il nest point linéaire, mais introduit plutôt une réalité dynamique et cyclique. Il en est ainsi, certainement parce que la métaphysique africaine, dépouillée de toutes influences religieuses extérieures, admet le principe de la réincarnation. Cest dailleurs ce qui explique que les trois mondes, le monde des ancêtres, des vivants et des personnes non encore nées, correspondent respectivement au passé, présent et futur. Autant ces trois mondes sont unis dans une interaction dynamique et cyclique senrichissant mutuellement dans une symbiose parfaite, autant le passé, le présent et le futur senchevêtrent à leur tour dans la même dynamique cyclique.
On ne mesure peut-être pas, de manière évidente, le lien entre cette perte dimportance des divinités terrestres avec la conceptualisation de lespace-temps dans la tragédie grecque, mais il faut, à mon sens, replacer cela, au même titre que la « dégénérescence » de la musique, au rang des signes qui annonçèrent selon Nietzsche [18] , la « mort » de la tragédie grecque au sens stricte du terme. Cette perte dimportance des divinités terrestres commencée dans la tragédie grecque sera plus tard parachevée dans la métaphysique européenne avec lavènement des religions judéo-chrétiennes et, surtout du fait de lintroduction du concept du purgatoire par lEglise catholique.
Ainsi, le théâtre européen médiéval, en relation avec la mythologie religieuse de son temps, créera-t-il un microcosme figé par les correspondances spatiales du bien et du mal, du diable et des anges, du paradis et de lenfer. Les acteurs de la terre, du paradis et de lenfer mettaient en scène leurs événements et conflits en relation avec ce microcosme figé. [19] Cette hiérarchisation statique créa bien des peurs et des angoisses spirituelles dans la conscience du public, ce qui ne contribua pas toujours à libérer aussi facilement le génie créateur des acteurs et lesprit critique des spectateurs.
Lilyan Kesteloot, dans son intervention intitulée « Les formes théâtrales dans la vie africaine traditionnelle » lors du colloque sur le « théâtre négro-africain » en avril 1970 à Abidjan (Côte dIvoire), parlait de « naissance du théâtre encore sacré mais avec un jeu qui sautonomise » [20] . En fait de « jeu qui sautonomise », nous assistons plutôt à un rétrécissement de la totalité cosmique dont parlait Soyinka [21] , à une désacralisation due en partie à linfluence de ces religions judéo-chrétiennes, et la conséquence, cest ce qui reste aujourdhui du drame rituel africain qui se meurt. Cette désacralisation du drame rituel signifie, entre autre, la perte du contacte entre le niveau physique-concret de la représentation et le niveau métaphysique.
Mais si nous laissons un temps soit peu le théâtre africain moderne pour revenir au drame rituel, la première remarque qui simpose est que le drame rituel africain qui ne sest pas embrigadée dans la pure conceptualisation de lespace en paradis et en enfer et na donc pas, par conséquent, introduit cette hiérarchisation angoissante susceptible de pervertir et, en définitive, de bloquer lénergie créatrice de lofficiant et des participants.
Cest donc tout naturellement quil a développé un autre type de rapport où officiants et participants, en réalité, nincarnent pas deux rôles distincts, mais forment plutôt un couple harmonieux qui participent à la pleine réussite du drame rituel.
Rapport acteur-spectateur dans le drame rituel et dans la tragédie grecque
Le drame rituel africain, il faut le signaler, nest simulé que pour un nombre restreint de participants. En ce sens, il nest pas donné à voir, mais vécu comme saisie intuitive de la condition humaine où les dieux et les participants se côtoient dans une complicité parfaite. Le fait donc quil ne soit pas donné à voir, mais plutôt vécu, est, à nen pas douter, le preuve irréfutable que le côté participatif prime sur le côté passif, cest à dire spectateur. A ce titre, un rôle important est dévolu aux participants.
The so-called audience is itself an integral part of that arena of conflict; it contributes spiritual strength to the protagonist through its choric reality which must first be conjured up and established, defining and investing the arena through offerings and incantations. [22]
Lofficiant tout comme le ou les participants du drame rituel na donc pas limpression même lointaine de jouer un rôle, mais plutôt de lincarner avec le sentiment net de faire corps avec lui, qui, à ce stade, ne devient plus pour lui un simple rôle, mais une tranche comprimée de sa vie qui se déroule ainsi. Cest pourquoi, quand on parle de drame rituel africain, on ne peut, à proprement parler, utiliser le terme de « spectateur » par opposition à celui de « acteur », mais bien celui de « officiant » et de « participant(s) ».
Dans la tragédie grecque, par contre, il fut, au départ, plus question daction scénique donnée à voir et non vécue. Ici, lacteur est vraiment acteur et joue son rôle au mieux quil peut. Il ny a donc pas le moindre processus didentification, car le ou les acteurs restent « qui ils sont et conservent leurs noms civils : le chur dithyrambique est un chur de transformés » [23]
Ces dernières remarques sont dune importance capitale, car autant elles mettent en relief la spécificité de la tragédie grecque par rapport au drame rituel africain, vice versa, autant elles permettent de comprendre, sous un jour nouveau, les différents points qui en découlent tels le principium individuationis lindividualisme créatif par opposition à la créativité communautaire, le rôle prépondérant de la musique des deux côtés et aussi sa dégénérescence programmée dans la tragédie grecque.
Créativité communautaire dans le drame rituel, Apollon ou la divination du principium individuationis: lindividualisme créatif
Le « Bruderbund » ou couple divin Apollon-Dionysos, complémentaires dans leurs différences dans la tragédie grecque selon Nietzsche, se retrouve aussi dans le tragédie Yoruba avec le couple divin Ogun-Obatala. Soyinka explique que
Such is Apollos resemblance to the serene art of Obatala the pure unsullied one, to the essence idiom of his rituals, that it is tempting to place him at the end of a creative axis with Ogun, in parallel evolutionary relationship to Nietzsches Dionysos-Apollo brotherhood. [24]
Ce qui nous donne le schéma suivant:
Tout comme Apollon, Obatala chez les Yoruba est la divinité de lart plastique. Mais contrairement à la tragédie grecque où Apollon nous apparaît comme la divination du principium individuationis « Apollon nous apparaît, par contre, comme la divination des principii individuationis » [25] Obatala trouve lui sa pleine expression dans la créativité communautaire, cest à dire dans la parfaite symbiose entre officiant et participant(s) dont jai déjà parlée et, qui concourt à la réussite du drame rituel.
La réussite du drame rituel nest cependant possible que par la magie de la musique qui est, avant tout, le language même du drame rituel, un language hautement symbolique.
Rôle comparé de la musique dans le drame rituel africain et dans la tragédie grecque
Dans la tragédie grecque, la musique joua un rôle tout aussi prépondérant avant de tomber en décadence. Comment cela sest-il passé exactement?
La musique dans la tragédie grecque était, à certains égards, la bâtisse sur laquelle reposait la tragédie. Elle permettait entre chaque scène, chaque action, de révéler le sens le plus caché des choses et de conduire ainsi à la catharsis et donc à la réussite de la tragédie.
De cette relation intime que la musique entretient comme essence de toutes choses, il est à noter que, lorsque pour chaque scène, action, processus et milieu, une musique appropriée retentit, celle-ci semble alors nous faire découvrir le sens le plus caché des choses et apparaît de surcroît comme le commentaire le plus juste et le plus claire à cela. [26]
Mais autant elle contribua à la grandeur de la tragédie grecque, autant elle provoqua aussi sa décadence. Après quelle eut lutté pour les manifestations métaphoriques et mythiques afin de hisser la tragédie sur un piédestal, elle sombra peu à peu jusquà disparaître de la surface de lart hellénistique. [27] Cette disparition à laquelle la tragédie grecque nétait pas préparée, provoqua une si grande léthargie et une stagnation tellement destructive que Nietzsche parla de mort au sens stricte du terme. « Maintenant que le génie de la musique sest envolé de la tragédie, celle-ci est morte au sens stricte du terme. » [28]
Car la musique navait pas seulement la magie dexciter notre imagination et de nous ouvrir les portails du monde invisible des esprits [29] , mais elle avait surtout le pouvoir de véhiculer la consolation métaphysique que le héros ressentait à la fin et sans laquelle on naurait pas pu sexpliquer autrement le sens de la tragédie. Cest par exemple le cas lorsque dipe à Colone ressentit ce son pur, réconfortant comme provenant dun autre monde.
Cette consolation métaphysique nexistant plus, il ne resta plus de la musique que de la
« musique dexcitattion ou de souvenir, cest à dire un médicament pour stimuler des nerfs insensibles et fatigués ou encore de la poterie. » [30] Cela ne veut pas dire que la « conception tragique » ou « tragische Weltbetrachtung » fut pour autant complètement détruite, elle fut bannie et tomba en décadence, ce qui, du reste demeura une destruction irréparable. Mais il fallut bien se résoudre à chercher une solution et on trouva une, toutefois une terrestre: le deus ex machina.
Après quil eut été suffisamment éprouvé, le héros récoltait à la fin la récompense, une récompence bien méritée. Contraint désormais de lutter, le héros subissait tous les tracas possibles jusquà être couvert de blessures avant de recevoir par le truchement du deus ex machina lissue salvatrice et libératrice. Cette intervention de lastuce du deus ex machina ne servait, en fait, à rien dautre quà colmater les brèches laissées par la « mort » de la musique qui entraîna dans son sillage la consolation métaphysique quelle véhiculait.
Mais comment en arriva-t-on jusque-là ?
Pour mieux répondre à cette question, nous devons partir de luvre majeure du philosophe allemand Arthur Schopenhauer « Die Welt als Wille und Vorstellung » qui influença très fortement Nietzsche. Cest dailleurs partant de lanalyse même de Schopenhauer que Nietzsche arriva à la conclusion que la musique était le language de la volonté, cest à dire, « Sprache des Willens » ou « Abbild des Willens selbst ». Comme telle, la volonté est et demeure à la base de tout processus de fabrication des notes musicales par lesprit et cest donc « pourquoi la musique laisse apparaître, tout de suite dans une importance accrue, chaque tableau, chaque scène de la vie réelle et du monde. » [31]
Mais que dit Schopenhauer lui-même à propos de la volonté?
Mais quoiquelle demeure une et indivisible, elle « se manifeste dans les apparences pour devenir représentation » [32] et sobjectivise alors à travers elle. Il y a donc incontestablement passage du monde transcendant au monde réelle empirique de lidée.
A ce stade, la volonté se manifeste désormais sous lemprise des principii individuationis et avec elle, la musique, puisque, comme nous lavons vu tout à lheure, la musique est fille de la volonté. Chez les Grecs, il en fut ainsi, peut-être parce que dans un premier temps, leur art nétait pas essentiel encore que Apollon était dans la tragédie grecque lincarnation des principii individuationis.
Mais il en fut aussi ainsi parce que, dans un deuxième temps, la volonté qui nétait pas entièrement entraînée dans le processus de fusion davec la musique, put donc opérer ce passage du monde transcendant au monde réelle empirique de lidée pour finalement se retrouver à accorder le privilège au principium individuationis et, de ce fait, à lindividualisme créatif, si bien que le spectateur nest plus en train de ressentir le mythe, mais plutôt la puissante force imitative de lartiste, comme le fait remarquer Nietzsche dans la citation suivante:
Le spectateur nest plus du tout en train de ressentir le mythe, mais plutôt la puissante vérité naturelle et la force imitative de lartiste. [33]
Comme cela ressort de cette citation, laccent fut donc mit sur lindividualisme créatif de lartiste. Et on sait que cet individualisme créatif, porté par le principium individuationis, fit que la volonté se fourvoya et noya la musique, canalisée vers dautres champs que celui de continuer à permettre à la musique de maintenir cette magie quelle avait dexciter limagination du spectateur en le transportant progressivement vers le monde invisible des esprits où il pouvait faire lexpérience émotionnelle, vivante et enrichissante de la catharsis.
Certes, Nietzsche ne nous dit pas explicitement que cette dégénérescence de la musique provient des deux facteurs que je viens dénumérer, mais on en arrive à cette conclusion, quand dans un effort dobjectivité, on compare la tragédie grecque avec le drame rituel africain.
Du côté du drame rituel africain, cest aussi vrai de reconnaître que la musique est fille de la volonté et que même ici, la volonté est aussi à la base de tout processus de fabrication des notes musicales par lesprit. Toutefois, ce passage de la volonté du monde transcendant au monde réelle et empirique de lidée na pas lieu. La volonté ne peut dailleurs en aucun cas se manisfester ici sous lemprise du principium individuationis. Car, atteindre létat de fusion avec les forces supérieures cosmiques, nécessite, après la préparation mentale, que le chemin métaphysique à parcourir et que Soyinka appelle le « transitional gulf » [34] , soit atténué par les sacrifices, les rituels et cérémonies dappaisement des forces cosmiques. Mais, cest à la musique que revient la délicate tâche de construire le pont sur ce « transitional gulf ». Le pont étant jeté, cest encore elle qui transportera, sur ses ailes, la volonté jusquau stade de la fusion avec les forces cosmiques.
Certes, la volonté échappe au principium individuationis en ce sens quelle finit par faire corps avec la musique, évitant ainsi au drame rituel davoir à chercher une solution terrestre dans le deus ex machina. Mais, à la vérité, cest à la nature même de la musique et à sa consubstantialité avec lexistence même du drame rituel quil faut dabord rendre hommage.
Dans les mythes de la création chez les peuples dAfrique de lOuest, il apparaît à lanalyse que la musique est consubstantielle à lexistence même du drame rituel. Prenons à cet effet le mythe de la création chez les Bambara du Mali. Ce mythe fait état dun Dieu créateur unique appelé Maa Ngala. Un jour, alors quIl se sentait seul, Maa Ngala créa le premier homme Maa à qui il attribua une partie de sa puissance par la parole créatrice, et cela, bien avant que celui-ci ne devienne matière. Il décida alors de faire de Maa son interlocuteur privilégié. Maa Ngala fixa les règles et les interdits sensés régir le bon déroulement de ce dialogue. Une de ces règles était que le dialogue entre Maa et son créateur devait être basé sur une sorte de contrat de confiance qui excluerait de facto le mensonge et les autres vilains défauts qui souillèrent lhomme par la suite après quil soit devenu matière. Maa Ngala avait pour soucis premier, de maintenir lharmonie dans lunivers quil créa avant le premier homme. Il voulut en même temps montrer ainsi à Maa qui devait plus tard apporter la civilisation à ses descendants en leur enseignant lart de la vie communautaire comment ses descendants devaient imiter lharmonie divine dans leur rapport avec la nature et avec eux-mêmes.
Mais, comme tout dialogue suppose dabord un mouvement de la parole dun interlocuteur A vers un interlocuteur B et vice versa, il sinstaura alors un va-et-vient constant de la parole entre Maa Ngala et Maa. Les premières paroles, ainsi projetées dans le grand vide de limmensité cosmique, produisirent un son, qui du fait de lécho quil renvoyait en samplifiant, devint rythmique. Ce rythme, à son tour, donna naissance au chant, car « le mouvement a besoin de rythme. Il faut que la parole reproduise le va-et-vient qui est lessence du rythme. » [35] De ce mouvement de va-et-vient de la parole devenue rythmique naquit la poésie dont le seul but était de célébrer lharmonie entre Maa Ngala et Maa.
Cest la raison essentielle pour laquelle la poésie dans les traditions africaines fut à lorigine chantée. Le fait de chanter poétiquement rappelant à cet égard limitation nostalgique de lharmonie divine dont le souvenir vague et imprécis, resté cependant imprimé dans la conscience humaine, amène le poète-chanteur à rechercher plus ou moins consciemment, lharmonie divine de sa situation adamique davant la chute. Lorsque le poète traditionnel déclame sa poésie devant son assemblée lors des veillées dexégèse littéraire, il fait revivre cette fonctionnalité quasi mythique et religieuse nécessaire dans laquelle la conscience communautaire essaie sans cesse de se définir par rapport à la nature et à la place quelle occupe dans la création.
Si le drame rituel apparaît, à cet égard, comme faisant lapologie de ces liens privilégiés perdus à jamais, alors la musique, habillée en poésie rythmée, chantée, devient son allié naturel et intime ; lesprit des mythes de la création ouest-africains les ayant fait naître et élevés presquau rang de surs jumelles. Cest donc tout naturellement que la musique, par opposition à sa fonction dans la tragédie grecque, a, par son lien consubstantiel avec le drame rituel, non seulement un caractère ontologique, mais surtout un caractère épistémologique et esthétique.
La musique du drame rituel est, par nature, ontologique à cause de ses efforts incessants à redéfinir la place de lhomme dans ses rapports avec la nature et avec les dieux.
Le caractère épistémologique de la musique dans le drame rituel découle surtout de sa nature ontologique. Car, de sa fusion avec les forces supérieures cosmiques, lofficiant du drame rituel revient avec une vision plus élargie et éclairée qui engloge tous les aspects de la vie communautaire. Cette vision plus élargie du monde quil récolte à la fin de son contact avec les dieux, devenus eux aussi acteurs dans le drame rituel, se résume en cette sagesse qui est habileté secrète à pénétrer dans la connaissance des dieux : autrement dit, arcanum consilium in cognitione Dei. Ainsi, la musique devient-elle « science, moyen de connaissance du monde( )» [36] , dabord du monde transcendant le diptyque espace-temps, cest à dire le monde des dieux et, enfin le monde des officiants et participants. Car, tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et vice versa, le microcosme étant à limage du macrocosme.
La musique du drame rituel revêt enfin un caractère esthétique en ce sens, que les officiants et les participants, dans une symbiose parfaite, sappuient sur une chorégraphie bien élaborée ayant pour but de convaincre les dieux de descendre de leur monde pour communier avec les officiants et participants. Pour ce faire, elle est belle et persuasive. Aucun détail nest négligé dans la chorégraphie. Quoique suivant des normes esthétiques presque préétablies en lhonneur de la divinité quon invoque, les musiciens malgré cela, donnent libre cours à leur imagination créatrice. On exécute des pas de danse exquis pour séduire, on soigne le jeux musical pour rendre le dialogue avec les dieux plus convaincant.
La musique étant consubstantiel à lexistence même du drame rituel, il ne saurait donc y avoir, comme dans le cas de la tragédie grecque, de passage du monde transcendant au monde réelle empirique de lidée. Le droit dexister de la volonté dans le cas du drame rituel, cest avant tout de retracer lhistoire de sa situation angélique avant sa chute et de célébrer, par voie de conséquence, lharmonie originelle à laquelle la volonté aspire sans cesse. Cela explique pourquoi la volonté ne peut se retrouver sous lemprise du principium individuationis sans se renier elle-même.
Note
[1] G. Cohen : Le théâtre en France au moyen age, p. 3.
[2]J-N. Loucou: Histoire de la Côte dIvoire. Tome 1, p. 21.
[3]Il sagit ici de la chute spirituelle de lhomme, car le mythe de la création chez le même peuple, tout comme chez beaucoup de peuples de lAfrique de lOuest, stipule que le premier Homme crée, le fut dans la conscience de Dieu et nétait donc pas encore matière.
[4]W. Soyinka: Myth, Literature and the African World, p. 2.
[5]Les masques Wembele representent dans le Poro la divinité chargée de réinstruire lhomme après sa « chute » spirituelle.
[6]C. Pairault: Le théâtre négro-africain et le public européen, p. 241.
[7]G. Cohen: Le théâtre en France au Moyen Age, p. 3.
[8]B. Traoré cité par Kesteloot dans Les formes théâtrales dans la vie africaine traditionnelle, p. 22.
[9]Voir à ce propos Soyinka, op. cit., p. 7.
[10]C. Pairault, op. cit., p. 16.
[11]Ibid., p. 16
[12]B. Jeyifo: Literary theory and theories of decolonization, p. 21.
[13]A. H. BA : La tradition vivante.
[14]L. Mateso: La litérature africaine et sa critique. Paris: Ed. Karthala & A.C.C.T., 1986, p. 37.
[15]Traduction libre faite par lauteur de larticle: « Ce nest pas lidée (dans lart religieux) qui est transmise en bois ou interprétée musicalement ou encore en mouvement, mais cest une quintessence de lEtre interieur, une interaction symbolique de plusieurs aspects des révélations (à lintérieur dun contexte universel) avec leur appréhension morale. », W. Soyinka, op. cit., p. 141.
[16]Traduction de lauteur de larticle : « Lart traditionnel yoruba nest pas idéationnel mais plutôt essentiel ( ). Dans notre voyage au cur de la tragérie yoruba, laquelle fait partie en effet des mystères dOgun et de lextase des churs des fêtards, nous navons pas trouvé que les Yorubas, tels que le faisaient les Grecs, construisaient pour leurs churs des échaffaudages de royaumes fictifs et plaçaient là-dessus des esprits fictifs de la nature ( ), sur la fondation desquels esprits, note Nietzsche, la tragédie grecque sest développée : bref, cest à dire le principe de lillusion. », ibid., p. 141/42.
[17]Traduit par lauteur: « Dionysus, der eigentliche Bühnenheld und Mittelpunkt der Vision, ist gemäß dieser Erkenntnis und gemäß der Überlieferung, zuerst, in der allerältesten Periode der Tragödie, nicht wahrhaft vorhanden, sondern wird nur als vorhanden vorgestellt: das heißt, ursprünglich ist die Tragödie nur Chor und nicht Drama. Später wird nun der Versuch gemacht, den Gott als einen realen zu zeigen und die Visionsgestalt samt der verklärenden Umrahmung als jedem Auge sichtbar darzustellen: damit beginnt das Drama im engeren Sinne. », F. Nietzsche: Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik, p. 64.
[18]Ibid., p. 116.
[19]Voir W. Soyinka, op. cit., p. 4.
[20]L. Kesteloot: Les formes théâtrales dans la vie africaine traditionnelle, p. 22.
[21]Soyinka, op. cit., p. 5.
[22]Traduit par lauteur : « Le soi-disant public est lui-même une partie intérgrale de cette arène de conflit. Il contribue à renfocer spirituellement le protagoniste à travers sa réalité du chur, laquelle doit, premièrement, être évoquée et établie, définissant et investissant larène à travers les sacrifices et les incantations. », ibid., p. 39.
[23]Traduit par lauteur: « wer sie sind, und behalten ihren bürgerlichen Namen: der dithyrambische Chor ist ein Chor von Verwandelten ... », F. Nietzsche: Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik, p. 62.
[24]Traduit par lauteur: « Telle que se présente la ressemblance dApollon à lart serein dObatala limmaculé, à lessence idiomatique de son rituel, ainsi est-on tenté de le placer à la fin de laxe créatif avec Ogun, en relation évolutive parallèle au couple divin Dionysos-Apollon de Nietzsche. », Soyinka, op. cit., p. 140/41.
[25]Traduit par lauteur: « Apollo aber tritt uns wiederung als die Vergöttlichung des principii individuationis. », Nietzsche, op. cit. p. 39.
[26]Traduit par lauteur: « Aus diesem innigen Verhältnis, welches die Musik zum wahren Wesen aller Dinge hat, ist auch dies zu erklären, daß, wenn zu irgendeiner Szene, Handlung, Vorgang, Umgebung eine passende Musik ertönt, diese uns den geheimsten Sinn derselben aufzuschließen scheint und als der richtigste und deutlichste Kommentar dazu auftritt. », ibid., p. 107.
[27]Ibid., p. 112.
[28]Traduit par lauteur: « Jetzt, als der Genius der Musik aus der Tragödie entflohen war, ist, im strengen Sinne, die Tragödie tot. », Ibid., p. 116.
[29]« (...) jene zu uns redende, unsichtbare und doch so lebhaft bewegte Geisterwelt zu gestalten und sie in einem analogen Beispiel uns zu verkörpern », ibid., p. 116.
[30] Traduit par lauteur: « Aufregungs-oder Erinnerungsmusik, das heißt: entweder ein Stimulanzmittel für stumpfe und verbrauchte Nerven oder Tonmalerei. », ibid., p. 116.
[31]Traduit par lauteur: « warum Musik jede Gemälde, ja jede Szene des wirklichen Lebens und der Welt, sogleich in erhöhter Bedeutsamkeit hervortreten läßt. », Nietzsche, op. cit., p. 107.
[32]Traduit par lauteur : « bringt sich jedoch in den Erscheinungen zur Darstellung », postface de P. Pütz dans
« Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik » de Nietzsche, p. 165.
[33]Traduit par lauteur : « (...) Der Zuschauer [empfindet] überhaupt nicht mehr den Mythus, sondern die mächtige Naturwahrheit und die Imitationskraft des Künstlers.», Nietzsche, p. 115.
[34]Soyinka, op. cit., p. 31.
[35]A.H. Ba: La tradition vivante, in: Histoire générale de l'Afrique. Tome I: Méthodologie et préhistoire africaine, p. 196-197.
[36]B.N. Kotchy: Fonction sociale de la musique traditionnelle, p. 82.